L’or : jusqu’où ?

Suite à la suspension des Accords de Bretton Woods, en 1971, le dollar a été libéré de l’or… Ou vice versa. Depuis lors, on assiste à une envolée du cours de l’or. Vu dans l’autre sens, il s’agit d’un effondrement des monnaies mondiales. Cependant, cela ne se fait pas en ligne droite, loin de là. Il y a eu des accélération et des décélérations. Ces dernières ont même été suffisamment fortes pour faire baisser le cours de l’or. Comparé à nos monnaies, l’or s’est donc fortement apprécié, mais sur certaines périodes, ce il a au contraire perdu de la valeur.

Pour être plus précis, depuis que le cours de l’or est libre, il a flambé à 3 reprises ; 3 périodes fastes entrecoupées de périodes calamiteuses. Actuellement, nous sommes dans la 3ème.

Prix de l’once d’or

Hausses

Baisses

1971

35 $

Départ

9 ans

Prix
×24

22/01/1980

850 $

Plus haut

19 ans

et 6 mois

Prix

/3,36

23/07/1999

253 $

Plus bas

12 ans

et 1 mois

Prix
×7,5

05/09/2011

1900 $

Plus haut

4 ans

et 3 mois

Prix

/1,81

17/12/2015

1050 $

Plus bas

9 ans

et 10 mois

Prix

×3,85

08/10/2025

4042 $

En ascension

On comprend donc bien que depuis une décennie, les détenteurs d’or se gavent. Cependant, jusqu’à quand ? Et jusqu’à où ?
Bien entendu, je n’ai pas la réponse. Mais j’ai des éléments de réflexion à faire valoir.

Les causes des trois hausses ne sont pas identiques.

On écrit et dit partout que la première est liée à l’inflation jaillissante des années 70. Je veux bien le croire, mais j’attire votre attention sur ce qui s’est passé avant 1971 aux États-Unis. Le « Standard or » de 1900 à 1933, établissant un prix fixe de 20,67 $/once. Puis une sorte d’interdiction de détention de l’or, jusqu’en 1944. Et enfin, jusqu’à 1971, les Accords de Bretton-Woods, avec à nouveau un système de dollar convertible en or au prix de 35 $/once. Le dollar, monnaie de réserve mondiale et l’or étaient donc fermement liés jusqu’en 1971. Et une fois libéré, l’or a mis 9ans pour multiplier sa valeur par 24 par rapport au $. Après-coup, comment s’en étonner ?! 70 années passées à tendre l’élastique de la valorisation de l’or, puis soudainement lâché !

Les raisons de la seconde hausse (99-2011) sont moins évident. Les taux baissant depuis 2 décennies ont fini par approcher zéro, ce qui a mis les emprunts états et l’or à pied d’égalité. Peut-être aussi un effet « yoyo », rattrapage de 20 années de baisse, finissant par générer un rebond. Enfin, il y avait l’explosion de cette bulle « dot com » qui a détourné beaucoup de monde des actions, au moment où l’or entamait son retour. L’or n’a pas démenti son titre de « valeur refuge ».

Depuis 10 ans, l’or vit sa 3ème renaissance. Pour ma par, j’identifie 2 phases : 2015-2020, avec des facteurs de hausse semblables aux précédents : taux encore plus bas et même négatifs pour les plus sécuritaires ; puis 2022-2025, avec un nouveau facteur appelé « dédollarisation ». Celui-ci trouve son origine dans le gel des avoirs russes qui a fait prendre conscience au reste du monde qu’on ne peut pas faire confiance en l’occident, ses monnaies et ses emprunts. On assiste donc aujourd’hui, à une fuite des monnaies et bonds occidentaux vers l’or, mais aussi les cryptomonnaies, qui présentent des caractéristiques proches, mise à part le côté tangible.
Pour moi, les questions essentielles sont donc de savoir à quel point la dédollarisation est un phénomène nouveau ? … À quel point, c’est grave pour l’occident ? … À quel point, c’est dans le cours de l’or ? … À quel prix, l’offre passera sous la demande ?

 

Méfiez-vous des courbes. Quand on regarde le graphique de son cours depuis 50 ans, on a l’impression de vivre une situation inédite.

source graphique : or.fr

Après des années de platitude, la pente de la courbe devient de plus en plus raide.
Les précédents records historiques ont l’air insignifiant.
L’époque est formidable pour ceux qui sont monté à bord du train de l’or !

Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin. Et l’or n’échappera pas à cet adage.
D’ailleurs à y regarder de plus près, sa valeur corrige régulièrement.
La courbe le montre peu car le cours se dilatant, la hausse actuelle masque les précédentes.
On peut même dire que chaque période de hausse écrase la précédente.
C’est dommage parce qu’à y regarder de plus près, elles se ressemblent toutes.
Je me suis focalisé sur les 3 années juste avant les 2 précédents sommets, ainsi que les dernières 3 années actuelles.
Ça m’a donné 3 courbes que j’ai superposées (en rouge 1977-1980, en bleu 2008-2011, en vert 2022-2025) :

Source graphique : or.fr

Je pense qu’on sera tous d’accord pour dire qu’elles sont proches.
Les pentes sont toutes aussi raides.
Et on retrouve même une petite accélération à l’extrémité… À droite.
À chaque fois, la situation est une parfaite invitation à acheter de l’or. N’est-ce pas ?
Cependant, si on replace ces 3 années dans leur contexte, elles marquent la fin d’une hausse violente.
La période suivante est à chaque fois dramatique pour les aficionados de l’or.
Après 1980, l’or a perdu jusqu’à 65% de sa valeur. Il a fallu attendre 27 ans pour retrouver un niveau comparable (2007).
De la même manière, après 2011, l’or a perdu jusqu’à 43% de sa valeur. Il a fallu attendre 9 ans pour retrouver un niveau comparable (2020).
Concernant la courbe verte, celle qui nous mène jusqu’à ce jour, on ne peut dire si l’ascension est terminée.
La réalité est que ça peut se poursuivre tant et plus.
Goldman Sachs aura peut-être raison en annonçant 4900 $/once en décembre 2026.
Cependant, ni Goldman Sachs, ni personne d’autre ne sait ce que l’avenir nous réserve.

Les partisans de l’or diront que tant que les facteurs de hausse sont présents, il n’y a pas de raison que ça s’arrête.
Je leur répondrais de se méfier de ce raisonnement. En 1980 et en 2011, les facteurs de l’époque étaient bien ancrés.
En 1980, le cours de l’or et l’inflation ont atteint leur sommet en même temps.
Ce n’est donc pas en surveillant l’évolution de l’inflation qu’on pouvait anticiper sa valeur.
Tout au plus, on pouvait constaté la corrélation.
Par ailleurs, ça met à mal l’idée actuelle que son cours poursuivra son ascension grâce à la baisse des taux attendue par les marchés.
En 2011, pour le pic suivant de la valeur de l’or, l’euro était loin d’être sauvé car les taux grecs ont poursuivi leur envolée pendant encore 6 mois.
L’or atteint donc des sommets en période de crise mais il commence à baisser au pire moment, voire même avant, comme en 2011.
Suivre l’actualité n’est donc pas bien fiable pour spéculer sur l’or.
Le bon moment pour vendre n’apparaît qu’à posteriori.
Pour ma part, je dirais même que je n’ai rien trouvé de fiable pour anticiper la suite.
À défaut, je gagnerais à tous les coups et je ne serais probablement pas en train de vous écrire ici (je confesse mon égoïsme).
En fait, même si j’essaye de ne pas avoir le nez dans le guidon et je suis le jouet du destin.
Et c’est encore plus le cas avec l’or, comparé aux autres actifs.
Celui ne rapporte rien. Il n’a donc pas de rendement à offrir aux détenteurs.
On peut tout juste le comparer aux emprunts d’État, qui de leur côté offrent un rendement modeste.
Quant à son utilisation, elle est essentiellement futile (amasser, stocker, parader, faire et se faire plaisir… ).
Les débouchés dans l’industrie restent très marginaux.
Sa valeur est donc empreinte d’une puissante subjectivité.

En conclusion, voici ce qu’il s’est passé après les deux précédents sommets (en rouge : 1980-1983 et en bleu : 2011-2014) :

source graphique : or.fr

Je suis désolé, je ne dispose pas de la courbe des 3 prochaines années.
Même si les prophètes alimentent un scenario auto-réalisateur, tôt ou tard, ils finiront par avoir tort.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *