2ème vague : comment la mauvaise lecture des chiffres crée la panique

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Au début de cette crise, on a mis de côté une variable statistique. La raison est probablement que sa prise en compte aurait compliqué l’interprétation des chiffres et donc la lisibilité par tous. Par ailleurs, le taux de positivité très bas qu’on enregistrait jusqu’à la rentrée, faisait que cette anomalie ne portait pas à conséquence. Mais depuis que ce taux s’envole, cela n’est plus pareil car une partie croissante des décès actuels est mal comptabilisée. Les chiffres s’éloignent de la réalité. Ce biais est tel qu’il pourrait remettre en question l’existence même de la seconde vague. Vérifions ça !

CLASSEMENT

Comment comptabilise-t-on un malade du cancer qui est testé positif à la COVID-19 ?
« Coronavirus » ou « non coronavirus » ?
Un AVC, un Infarctus, un grippé, un infecté par un autre microbe ou parasite, un patient empoisonné et en même temps testé positif à la COVID-19 ?
« Coronavirus » ou « non coronavirus » ?

A priori, une bonne partie de ces malheureuses personnes sont comptabilisées comme « coronavirus ». Ce sont les fameux cas de comorbidité. D’ailleurs, en France, depuis le début de la crise sanitaire, la comorbidité est présente pour 66 % des victimes de ce virus. Ça existe donc… Et c’est loin d’être négligeable.

POSITIVITÉ

En parallèle de cette réflexion, il faut noter que depuis début août, le taux de positivité aux tests PCR grimpe, pour ne pas dire qu’il explose ! Je parle bien du nombre de gens testés qui ressortent positifs par rapport au total des gens qui passent le test. Je ne parle donc pas du nombre des cas positifs, même si celui-ci s’envole aussi. Début juillet, ce taux était de 1,3 %, puis 2,2 % mi-août et depuis la rentrée, il accélère pour atteindre ce 07 octobre 9,1 %.

En même temps, vu les moyens déployés et les encouragements à se faire dépister qui nous ont été formulés, c’est « open bar » sur les tests. Nombre de gens armés d’un peu de patience finissent par se rendre dans un centre de tests pour se faire racler la fosse nasale. Parce qu’ils ont un symptôme du rhume, plus qu’ils vont rendre visite à un proche à risque, parce qu’on leur a demandé de produire un test négatif pour voyager, pour travailler, parce qu’ils ont croisé un « cas » ou tout simple parce qu’ils sont inquiets, des français se font tester. Et je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, ça fait longtemps que je ne connais plus personne qui ne pense pas déjà avoir eu quelques symptômes du coronavirus. Par ailleurs, à ce jour, il a été pratiqué en France près de 12 millions de tests. Même si beaucoup de gens se sont soumis plusieurs fois au test, sur une population de 65 millions d’habitants, ça commence à donner une idée assez bonne de la progression du virus dans notre société. En conséquence, on peut affirmer sans trop de risque que le taux de positivité qui prévaut dans l’ensemble de la population française n’est pas éloigné de l’actuel taux de positivité de 9,1 % des tests PCR.

STATISTIQUES

Maintenant, les gens hospitalisés ne le sont pas tous pour le coronavirus et ceux qui décèdent ne meurent pas tous à cause de celui-ci. En France, 610 000 personnes meurent chaque année. Ainsi, indépendamment de la COVID-19, en 2020, environ 610 000 personnes vont décéder.

Les causes de mortalités dites « externes » représentent 6,5 % (accidents, homicides, suicides). Le reste, c’est à dire 93,5 %, est lié à une maladie (cancer, cardiovasculaire, infections, surdosage médicamenteux… ), soit 610 000 × 93,5 % = 570 000 décès. Cela représente 570 000 / 365 = 1 561 décès par jour liés à une maladie.

Comme on vient de le voir juste avant, le taux de positivité grimpe inexorablement dans la population. En conséquence, il grimpe aussi chez malades… Chez les hospitalisés… Et chez les morts. C’est inévitable.

Concernant les décès, on doit donc retrouver un lien avec la COVID-19 pour 9,1 % des 1 561 décès pour cause de maladie, soit 1 561 × 9,1 % = 142. En raisonnant ainsi, il décède quotidiennement 142 personnes malades d’autre chose que la COVID-19 et en même temps porteuses du virus. C’est inéluctable.

Quand cet été le taux de positivité n’était pas à 9,1%, mais 1% à 2%, ce biais dans notre raisonnement n’avait pas autant d’importance. 1561 × 2% = 30 décès. Ne produisant pas de remontée des décès liés au virus, il passait inaperçu et surtout il n’entraînait pas la peur et les décisions sanitaires prises, actuellement.

ÉVIDENCE

Depuis toujours, être mort en étant porteur d’un virus particulier n’implique pas forcément être mort à cause de ce virus, même si celui-ci fait des morts par ailleurs. Santé Publique France ne dit pas le contraire dans son « Point épidémiologique hebdomadaire ». Notre agence nationale de santé publique qualifie les décédés du virus de « décès liés à la COVID-19 ». Elle ne dit pas que ces gens sont morts « à cause de la COVID-19 ». Et ce n’est pas une nuance.

Je sais que vous êtes en train de vous dire que le virus a participé à mettre fin à leurs jours. Et vous avez raison. Cependant, ce n’est pas le sujet, parce qu’on apprécie la situation actuelle au travers de statistiques et non de cas particuliers. Virus ou pas virus, ces 142 personnes malades avaient vocation à mourir. Et le fait qu’elles fassent partie des cas de comorbidité n’a aucune influence sur la question. On utilise des morts de toujours pour grossir le nombre de morts induit par le coronavirus. On fait passé une partie des décès statistiques pour des décès inhabituels. On ressuscite les morts pour les faire mourir à nouveau d’une autre cause. Même s’il y a des fluctuations, le rythme des décès ne s’arrête jamais. Des gens meurent en permanence pour diverses raisons extérieures à la COVID-19. Ce n’est pas parce que le virus réalise son œuvre morbide qu’il y a moins de décès pour cause d’autres maladies.

Sous un autre angle, on peut considérer que les victimes de la COVID-19 ont vu leur dernière heure avancée. Cela a induit une surmortalité statistique tant que le nombre de décès était important. Ensuite, ces gens n’étant plus là, ils ne peuvent plus décéder comme c’était statistiquement prévu. Ainsi, dans un second temps, ils contribuent à faire baisser cette même mortalité. Ce seront des morts en moins durant les mois et les années qui suivent. Le problème présent est donc plus subtil qu’il n’y parait. Là où l’on comptabilise des vies perdues, ce sont plus précisément des années de vie qui sont perdues. Et c’est ce que traduisent les statistiques quand on  tient compte de tous les paramètres.

Si on regarde ça avec un peu de recul, on est dans une situation où le taux de positivité influe directement sur le nombre d’hospitalisés et de décès. C’est illogique, car le taux de positivité dans la population ou chez les malades et le nombre d’hospitalisés ou de décès n’ont aucun rapport. Avec le raisonnement actuel, on s’interdit la possibilité que le virus soit présent parmi nous, sans faire de victimes. L’immunité collective serait mathématiquement impossible. En tout cas, impossible avant que les fragments d’ADN du virus aient disparu de tous les nez des français. C’est pourtant une option à ne pas écarter et c’était ce vers quoi on s’acheminait avant que ce biais statistique vienne jeter le trouble. Pour la suite, si les vaccins nous protègent vraiment, sans pour autant faire disparaître le virus, comme c’est le cas pour la grippe, avec le raisonnement actuel, on aura toujours des décès liés à la COVID-19. Des vaccins qui remplissent leur rôle et des décès qui continuent, ce serait contradictoire. Il y a bien un défaut dans le raisonnement actuel.

Si vous êtes encore sceptique, on peut pousser le raisonnement plus loin. Quand le taux de positivité sera à 50%, nos hôpitaux seront remplis à 50% par la COVID. Et si on pousse l’absurde à son comble, avec un  taux de positivité atteignant 100%, tous les décès de maladies diverses seraient des décès « coronavirus ». En dehors, des morts violentes, on ne décéderait plus que du virus. Peut-être aura-t-on vaincu la maladie… Sauf une !?

RÉSERVES

Vous avez probablement remarqué qu’à présent, il meurt en moyenne chaque jour 70 personnes porteuses du virus. On n’est donc pas aux 142 personnes calculées précédemment. Plusieurs raisons expliquent cette différence.

D’abord, il y a le décalage entre le moment où elles rentrent à l’hôpital et le moment où elles décèdent. Si en moyenne, ces personnes passent 3 semaines en milieu hospitalier avant de quitter notre monde, c’est le taux de positivité aux tests de mi-septembre qu’il convient d’appliquer, soit 4 à 5 %. On observe d’ailleurs très bien ce décalage dans les statistiques. Les « cas » ont commencé à remonter fin juillet, tandis que les décès n’ont repris le chemin de la hausse que début septembre.

Il y a aussi probablement une petite partie des gens qui sont emportés par la maladie sans passer par la case hôpital et ainsi ne sont pas testés pour la COVID-19, tant qu’une autre cause de décès est évidente.

On peut aussi imaginer que certains décès ne sont pas comptabilisés « coronavirus », quand une autre cause semble prévaloir aux yeux des médecins qui constatent le décès.

Enfin, j’ai écrit ci-dessus que le taux de positivité qui prévaut dans l’ensemble de la population française n’est pas éloigné de l’actuel taux de positivité de 9,1 % des tests PCR. J’admets donc une certaine divergence, vu que les gens présentant des symptômes ont plus de chance d’être porteur du virus et sont naturellement plus motivés pour se faire tester que les autres. Malgré ça, même si le taux de positivité des décédés n’était qu’à la moitié de celui de la population, ça expliquerait encore les 70 décès quotidiens. Et même si par hasard, il ne justifiait qu’une partie de ces décès, ce serait déjà trop, au regard des conséquences que l’on connaît aujourd’hui.

EN OUTRE

Sinon, le même raisonnement s’applique au nombre d’hospitalisations. Quelle que soit la raison de l’admission, les hôpitaux testent chaque patient entrant. Avec près d’une personne sur dix porteuse du virus, c’est salutaire pour ne pas faire rentrer le loup dans la bergerie. Et même en imaginant qu’ils ne testent pas ceux qui rentrent pour le cancer ou le diabète, il reste encore une moitié des patients présents avec des symptômes communs avec ceux du coronavirus : cardio-vasculaires (26% des décès en France), obésité (10%), maladies infectieuses (5%) + bronchopneumopathie chronique obstructive (3%). Ne pas tester ces derniers est inconcevable. Et une fois le virus découvert chez toutes ces personnes, dans quel service pensez-vous qu’elles sont placées ? Et dans quelles statistiques rentrent-elles ? Et pour toutes celles qui auront été testées avant hospitalisation, comment se rendront-elles à l’hôpital ? amenées par un proche ou en ambulance ?

A priori ce même raisonnement faussé est présent dans tous les pays. Et ceux qui ont vécu la vague pandémique au printemps dernier voient en ce moment leurs chiffres des décès remonter. Aux États-Unis aussi le nombre des « cas » remonte déjà et il faut s’attendre à ce que les chiffres des décès suivent très bientôt.

PERSPECTIVES

La crise sanitaire mène à la crise économique, qui entraîne la crise financière. Suivre les débats sur la crise sanitaire peut vous aider à évaluer le risque et la perception que les épargnants et investisseurs en ont. Si le problème que j’évoque ici venait sur le devant de la scène, il aurait un impact sur les marchés financiers, en premier lieu, les marchés européens. Avec les mesures sanitaires et l’anxiété qui règne chez nous, ceux-ci restent très à la traîne des indices américains.

Aujourd’hui, le fait de savoir si les tests PCR sont fiables est une question étrangère à ce problème et finalement secondaire. Le nombre de plus en plus grand de tests réalisés est aussi hors sujet, car c’est le ratio qu’on retient pour générer ce biais de raisonnement est indépendant. Le fait de comprendre pourquoi la mortalité du virus a chuté depuis début avril ne nous fera pas plus avancer. Il en va de même concernant la durée supposé de notre immunisation. Le sirènes d’ambulance que retentissent de plus en plus souvent ne sont pas plus un signe ; la saturation des unités COVID non plus. Une partie des patients qui y sont placés aurait de toute façon intégré une unité d’urgence. Ces débats étaient intéressants avant la rentrée, mais aujourd’hui le taux de positivité est tel qu’on fait face à un problème bien plus grave. Ce petit arrangement avec la réalité est de moins en moins négligeable.

Pour la suite, si le taux de positivité dans la population est bien important et que nos experts ne corrigent pas ce biais statistiques, les chiffres ne sont pas prêts de retomber. Même si le taux de positivité n’atteindra probablement jamais 100 %, celui-ci semble avoir encore de la marge de progression. À cela, il faudra rajouter le décalage entre l’entrée à l’hôpital et le décès qui va retarder le moment où le nombre des décès « liés » au COVID-19 va décroître. Enfin, il va falloir sortir du cercle vicieux dans lequel on s’est enfermé. En effet, plus on décomptera de morts en lien avec le virus, plus on accordera de crédit à nos tests PCR, moins on sera enclin à nous remettre en question, plus on continuera à compter des morts en lien avec le virus, etc… Et si on finit par manquer de morts, on pourrait même être tenté d’abaisser le seuil de détection des tests pour continuer à se faire peur. Comme le nombre de décès et nombre de « cas » sont corrélés par le biais actuel, ça passerait inaperçu.

SOLUTION

De prime abord, on pourrait penser qu’il suffit de demander aux médecins d’enregistrer la principale cause de décès. Le problème est qu’il est rarement possible de démêler l’impact que chaque facteur de mortalité dans un décès. C’est d’ailleurs, leur combinaison qui précipite le décès. Cette voie n’est donc pas une option. Il ne reste donc que les statistiques pour approcher la réalité de terrain.

L’autre possibilité serait de comparer le nombre de décès actuels avec le nombre des décès d’avant la crise. Cependant, comme on l’a vu, la COVID-19 ne produirait que 5% des décès habituels. Et les fluctuations dans les statistiques sont plus importantes que ça. Ce ne serait donc pas  très probant.

On pourrait aussi vérifier si les services des hôpitaux se vident au fur et à mesure que les Unités COVID se remplissent. C’est logiquement ce à quoi on doit s’attendre si mon raisonnement est juste. Cependant, là encore il y a des biais. D’abord les fluctuations que j’évoque juste avant. À cela se rajoute le fait que des hospitalisations sont reportées soit par le milieu hospitaliser, soit par les patients. Il y a aussi ceux qui reportent tout simplement la rencontre avec leur médecin. Enfin, il y a aussi nos comportements actuels qui tendent à limiter les risques de manière général et plus particulièrement celui d’être contaminé par de quelconques microbes. En tout état de cause, nombre de gens se sont remis au sport, ont soigné leur alimentation et ont cherché à booster leur immunité. À l’opposé, le stress d’être contaminé, de contaminer les autres et de se retrouver au chômage est un facteur aggravant. Les cartes sont donc brouillées et toutes comparaisons avec la situation d’avant-crise me paraissent bien hasardeuses.

Finalement, la meilleure solution serait d’aller chercher le taux de positivité effectif, au moyen d’un sondage sur un échantillon représentatif de la population. Si le taux de positivité n’est pas négligeable, le biais est significatif. Et dans ce cas, ce serait une bonne nouvelle, car la situation serait moins grave qu’elle ne le parait actuellement.

Bien entendu, ce sondage serait encore plus délicat à réaliser que les classiques sondages d’opinions dont on a l’habitude. On ne peut pas se permettre d’avoir une portion importante des réponses « a refusé de se faire tester », comme on a des réponses « sans opinions ». Parce que dans ce cas là, le biais de sélection aurait trop d’influence. Le seule solution réaliste que j’imagine est de payer suffisamment au moins 1 000 personnes représentatives de notre société, pour qu’elles acceptent de passer le test. L’enjeu est tel qu’il ne faut pas lésiner sur les moyens. Dernier détail, il faudrait que ces tests parviennent dans les laboratoires sans faire mention du fait que ce sont ceux d’un sondage. L’application de tests identiques à ceux qui sont couramment réalisés est un préalable indispensable pour éliminer tous biais de confirmation d’hypothèse et éventuels biais d’indépendance. Je pense que le coût d’un tel sondage est dérisoire comparé aux conséquences actuelles. On ne peut pas se permettre l’économie de lever ce doute. Maintenant que nous avons connaissance de ce problème, faisons le savoir. Réclamons à nos dirigeants ce sondage et à partir de là, la juste utilisation des chiffres pour prendre leurs décisions.

Sinon, il reste une solution très simple. On appelle un chat un chat et on arrête de considérer que les chiffres des décès « en lien » avec la COVID-19 sont ceux des décès « à cause » de la COVID-19. C’est à ce prix qu’on éteindra nombre de polémiques qui minent le débat actuel et font douter tout le monde.

6 réflexions sur “2ème vague : comment la mauvaise lecture des chiffres crée la panique”

    1. C’est moi qui vous remercie. Je suppose que vous avez compris 😉
      En effet, j’ai un peu ramer pour exposer ce raisonnement. C’est pour cela que j’insiste lourdement.
      Si vous avez des idées pour mieux le présenter, je suis tout ouïe.

  1. Je pense que l’hypothèse faite que le pourcentage de positivité aux tests PCR (+/10% dans votre article) peut être considéré comme le taux de positivité global de la population n’est pas trop réaliste. On sait en effet qu’une part non négligeable de la population est asymptomatique (on parle de plus de 50%), et que ces personnes n’ont à priori aucune raison de se faire tester. Néanmoins, je ne pense pas que cela change les conclusions, les asymptomatiques étant en général des personnes plutôt jeunes et en bonne santé.

    1. Je suis entièrement d’accord.
      Mais ça n’a pas d’impact sur mon développement ici.
      Que les tests PCR reflètent la réalité ou pas, n’a pas d’importance.
      Le problème, c’est le lien qui se crée entre le taux de positivité (donné par ces tests) et le nombre d’hospitalisés et de morts du covid-19. La seconde variable ne devrait pas dépendre de la première.

  2. Un moyen indirect de faire le tri entre les décès (par ou avec le COVID19) serait de regarder la surmortalité toutes causes confondues par rapport aux années précédentes. Cela devrait permettre de voir si oui ou non il y a une seconde vague.

    1. Vous avez raison d’évoquer cette solution. Après lecture de votre commentaire, je me suis permet de rajouter quelques lignes à la fin pour en parler. Merci beaucoup.

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