Le krach boursier n’est pas pour de suite !

https://869be142-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/hececonomieetdeveloppement/vision-d-un-peintre/Crise%20%C3%A9conomique-Ch%C3%B4meur-1.png?attachauth=ANoY7cq7e_24EUlydi-42HIIwuytxuqHPuoaC14do60nYtyiATzeZm7R0Jm5cOinXU8J4o0JQCrNVWtfA2h-w1ZM6TFmECpAHpfBx5OrhKkHx7Z24Wpx-_I-mAVOK6EWE0R89NhalwgDP0BSzuQqkSHEJoWiSGd3tsLvc_zlOrjRcvhqJROwddQ-w0i0EVSWewwgQfhoxjAbunOqUDWsebhn8ASndvn_vm44wI1HjuvmH-uqe3LJnvFtujqiKuvbH-Sbh2yENitccIYgck0kX-bTL8AoB7-tds7E7oXDW-yXegT-cVlHSpY%3D&attredirects=0C’est étrange, mais Google me sert de plus en plus d’articles annonçant un krach imminent, une bulle spéculative sur le point d’exploser ou même un effondrement de notre système qui aurait déjà commencé. En même temps, le célèbre moteur de recherche ne me présente aucun discours contre-disant ce point de vue. Les arguments contrariant cette idée seraient-ils absents de la toile ? C’est pourtant étrange quand les marchés continuent à bien se tenir et même à grimper. Va-t-on remercier cette sympathique firme américaine pour nous avoir dissuadé d’investir ? Rien n’est moins sûr.

Évidemment, j’entends bien que les actions US sont chères, que le système financier manque de liquidités et que la FED injecte des milliards de dollars pour lubrifier la machine, que Berkshire Hathaway, la société d’investissement de Warren Buffett serait liquide à 15% (124 Md$), que Bridgewater Associates, le plus gros hedge fund du monde, mise actuellement 1,5 Md$ contre les marchés, que la majorité des taux sont négatifs, que la courbe des taux s’est inversée et que l’inflation fait défaut. Je remarque même que les taux sont sous l’inflation. Mais alors pourquoi trouve-t-on encore autant d’acheteurs d’actions qui continuent à faire grimper les marchés ? Sont-ils stupides ?

En fait, je crois qu’ils tiennent le même raisonnement que moi :

  1. le fait que les obligations ne rapportent plus grand chose, voir coûtent de l’argent en cas de taux négatif, implique que celle-ci sont chères. Même si on ne porte attention qu’au rendement (le « coupon » est le terme pour une obligation), il faut bien imaginer que derrière celui-ci se dessine un prix, une valeur. Imaginons qu’à un moment donné, on achète une obligation qui sert 2%/an de coupons par an. Ensuite, les taux baisse et la même obligation ne sert plus que 1%/an. Mécaniquement, nos obligations à 2%/an valent deux fois plus cher, puisqu’il en faut deux fois moins pour obtenir les 1%/an actuellement servis.
  2. Ce raisonnement vaut pour les obligations, tout comme les actions. En fait, peu importe l’actif financier. Si les investisseurs acceptent un moindre rendement sur les obligations, ils peuvent aussi accepter un moindre rendement sur les actions. Il devient préférable d’accepter un rendement moindre sur les actions plutôt que pas du tout de rendement avec les placements sûrs, comme les emprunts d’états. Les obligations étant chères, les actions peuvent aussi l’être. Le marché est en train de corriger ce déséquilibre en faisant grimper le prix des actions afin qu’ils soient en rapport avec ceux des obligations. Finalement, les taux bas contaminent tous les autres actifs. Les prix montent dans toutes les classes d’actifs. À défaut de pouvoir baisser pour les emprunts d’états, vu que les mesures prisent par les Banques Centrales. Et ceci n’est en rien une anomalie. C’est l’objectif recherché par nos Banques Centrales : faire grimper les prix, de manière à ce qu’ils finissent par contaminer ceux des produits de consommation et in fine, nos salaires.

Pour mieux comprendre revenons au bas b.a.-ba de la finance. C’est le marché qui fait le prix des actifs, par le jeu de l’offre et de la demande. Pour cela, chaque investisseur accepte d’acheter chaque actif jusqu’à un rendement limite qui compense les risques qu’il estime prendre avec l’actif en question. En pratique, il achète à un prix donné, mais à ce prix correspond un rendement. Par exemple, on a une action (une part d’entreprise) offre 1 €/an de dividende. L’investisseur pense que pour couvrir le risque de détenir cette action, celle-ci doit lui rapporter au moins du 10%/an. Ainsi, il sera prêt à payer cette action jusqu’à 10 € (10€×10%=1€). Au delà ce prix, celle-ci sera trop chère pour lui (ex : 12€×8,3%=1€).

Concernant les risques, les investisseurs s’efforcent de les quantifier. Ils les traduisent en probabilité que l’entreprise fasse faillite ou perde telle partie de sa valeur. À partir de là, ils font de simples calculs pour déterminer les prix qu’ils sont prêts à payer. Et quand ils visent plusieurs actions, ils les comparent sur base du rendement attendu et du risque encouru. Par exemple, s’ils ont le choix entre :

  • un actif A qui a 1 % de chance de faire défaut dans l’année qui vient et qui offre 5 %/an de dividendes ou coupons ;
  • et un actif B ayant 10 % de chance de faire défaut dans l’année qui vient ;

Combien l’actif B doit servir de dividendes ou coupons pour que les deux actifs offrent le même gain ?

Réponse : l’actif A devrait donc probablement rapporter (1-0,01) × 1,05 = 1,0395 ou 3,95 %/an.

Quant à l’actif B, il faudra qu’il serve 15,5 %/an pour arriver au même résultat ( (1-0,1) × 1,155 = 1,0395).
Si l’actif B ne sert que du 12 %/an, il est trop cher par rapport au A. Pour qu’il devienne aussi achetable que le A, il faudra que son prix baisse de 1-12/15,5 = 0,2258 ou 23 %.

Quel rapport avec la situation présente ?
La situation présente : c’est des taux bas… Historiquement bas !
Ainsi, si on reprend l’exemple précédent, mais que le marché, poussé par la peur, décide de payer l’actif A, trois fois plus cher. Ainsi, l’actif A ne servira plus que 5%/3=1,67 %/an de rendement et il ne rapportera plus que : (1-0,01) × 1,0167 = 1,0065 ou 0,65 %/an. Et l’actif B devra rapporter 11,83 %/an pour arriver au même résultat ( (1-0,1) × 1,1183 = 1,0065). Ainsi, s’il rapporte toujours 12 %/an comme précédemment, c’est qu’il n’est plus assez cher ! Son prix devrait grimper de 12/11,83-1 = 0,014 ou 1,4 % pour être rémunérer justement son risque. Dans une telle situation, B n’est plus trop cher.

Bien sûr, pour que ce risque de 10 % de défaut soit acceptable, il conviendra à l’investisseur de ne pas acheter que de l’actif B pour constituer son patrimoine financier. S’il veut prendre ce niveau de risque, il devra tout même répartir ses capitaux sur d’autres investissements en moyenne aussi risqués. On dit plus simplement : « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier » ! Par ailleurs, il devra se ménager des la marge de sécurité pour accepter d’acheter B (ce qu’on appelle une « prime de risque »), parce que plus il existe de risque, plus il est difficile d’évaluer la probabilité qu’il se réalise.

Vous l’avez donc compris, il existe une corrélation entre les prix des actifs et les risques qu’ils comportent. Quand les actifs peu risqués ou sans risque ne rapportent rien, les rendements des autres peuvent suivre le même mouvement. Leurs prix peuvent donc grimper sans que cela ne soit aberrant.

Vous savez faire des « règle de trois » ? Vous savez trouver les dividendes servis aux actionnaires sur internet ? Alors, à vos calculettes !

Imaginez que vous souhaitiez placer votre argent avec un horizon d’une dizaine d’année.
Aux US, l’emprunt à 10 ans offre ce matin du 1,85 %/an. Si l’on considère que le risque de défaut est proche de zéro, le rendement devrait bien être de 1,85 %/an.

Pour les actions, les P/E (price-earning ratio) sont de 20. c’est à dire qu’en moyenne les actions valent 20 fois ce qu’elles rapportent en un an (dividendes et croissance de la valeur de l’entreprise) à leur propriétaires. Ainsi, si les P/E ne bougent plus, il faut attendre 20 ans pour que les gains remboursent le prix d’acquisition d’une action. Cela implique donc qu’une action rapporte chaque année à son propriétaire 1/20ème de sa valeur, soit 1/20 = 0,05 = 5 %. Pour qu’un panier d’actions US ne rapporte plus que 1,85 %/an, il faut qu’une partie des entreprises fasse défaut et disparaisse. Plus précisément, 3 % des entreprises américaines doivent faire faillite tous les ans : (1-0,03)×1,05=1,0185. Est-ce envisageable ?

En Europe, la situation est encore plus criante : ce matin, le 10 ans allemand, dont là encore, le risque de défaut est proche de zéro, est à -0,3 %/an. Le P/E des actions est à 15. Ce qui induit un rendement moyen de 1/15 = 6,67 %. Ainsi, il faudrait que 6,5 % des entreprises européennes fassent faillite tous les ans : (1-0,065)×1,067=1-0,003. Est-ce envisageable ?

Bien sûr, la démonstration ici est plutôt simpliste. Les entreprises ne font pas défaut du jour au lendemain, mais voient leur cours baisser plus ou moins vite, avant de mettre la clé sous la porte. Cependant, c’est bien le raisonnement qu’il faut tenir, pour comprendre le prix des actions. Et c’est surtout la démonstration qu’un environnement de taux bas permet aux prix des actifs risqués de grimper. Vous avez donc le choix pour votre épargne entre des actions chères et des obligations qui  ne vous rapportent plus rien et même pour la plupart, vous coûte de l’argent. Entre nous, vous abstenir d’investir sera préférable à l’acquisition d’obligations allemandes ou françaises, dont les taux négatifs, imposent à leurs détenteurs un loyer pour les détenir. Cependant, ce ne sera qu’un moindre mal, car la valeur de votre argent liquide sera rogné par l’inflation. Même modeste, son estimation officielle n’en demeure pas moins positive, à environ 1,5%/an.

Maintenant, bien sûr que tout ça est risqué parce que si les taux remontent, les actions deviendront trop chères. En fait, c’est tous les actifs qui deviendront chers ! Mais ça, ce n’est pas nouveau. C’est la loi du marché. Que les taux partent de 10 %, comme dans les années 80 ou de -0,3 %, comme aujourd’hui, rien ne les empêchera de monter si les investisseurs jugent les emprunts d’état plus risqués, la monnaie plus menacée, l’environnement économique plus déplorable et surtout l’inflation plus présente.

Maintenant, là où les pessimistes ont raison, c’est que les taux finiront bien par remonter un jour. Parce que l’inflation finira tôt ou tard par revenir. Cependant, en attendant, ils ont tort, car il n’y a aucune bulle spéculative. Les actions sont plus chères qu’avant, mais c’est logique. Avec des taux aussi bas, elles peuvent même encore grimper plus haut. L’immobilier s’envole, mais c’est aussi logique. Si ce sujet vous parle plus : même aux prix actuels et donc aux rentabilités nettement compressées (2% à 3%), il est toujours possible d’emprunter à des taux encore bien plus modestes que la rentabilité en question. Actuellement, le taux fixe moyen sur 15 ans est sous les 1% ! Et sous les 1,5% sur 25 ans.

Un autre angle de vue corrobore cette idée : et si ce n’était pas les marchés qui étaient chers, mais plutôt l’argent qui n’est pas cher ? En effet, à force d’injection de liquidités et de création monétaire encouragée par les taux bas, il y a de plus en plus d’argent dans le système, ce qui fait perdre sa valeur. Si au lieu d’observer les prix en euros ou en dollars, on les comparent à l’or, le tableau est bien différent. En 2005, avant que les cours de l’or commencent à franchement décoller, celui-ci valait 420 $ l’once et le MSCI World Index était à 1 000 points. Aujourd’hui, l’once d’or vaut 1 470 $ et le MSCI World Index tutoie les 2 270 points. Le MSCI World Index a donc multiplié sa valeur en $ par 2,27, tandis que l’or a multiplié la sienne par 3,5. Ainsi, si l’or était encore notre monnaie de référence, les valeurs boursières auraient perdu 36% depuis 15 ans (1-(2270/1 000×420/1 470) = 0,36)

Bien sûr, parce qu’elle est inédite, la situation est inquiétante. Elle l’est aussi parce que l’inflation n’a pas vocation à rester aussi basse. Les Banques Centrales visent 2 % d’inflation et elles font ce qu’il faut pour atteindre leur objectif. Une fois leur objectif atteint, elles ne pourront maintenir les taux actuels en baissant leurs taux directeurs et en rachetant des obligations sur les marchés. En conséquence, savoir si les marchés sont chers, ne se découvrira pas en comparant les rendements et les P/E à leurs moyennes historiques. Je vous recommanderais plutôt de porter attention à l’inflation. Lisez des articles sur cette dame, plutôt que des Fake News servies par votre moteur de recherche préféré. Forgez-vous votre propre opinion sur l’inflation. Et demandez-vous si votre inflation correspond à l’officielle que nous serve nos dirigeants, actuellement entre 1 % et 1,5 %, en Europe. Enfin, comparez-la aux taux d’emprunt des états les plus solides, US, Allemagne, Japon. Pour information, en Europe, ces taux sont plus bas que l’inflation. Et ça aussi, c’est historique ! C’est un phénomène très rare que l’on n’avait pas observé depuis 45 ans. Et cela confirme bien que les taux sont anormalement bas.

Enfin, quand vous lisez que nous sommes en présence d’une bulle spéculative sur les taux, demandez-vous ce que cela signifie. Certes, si les taux sont bas, les obligations sont chères. Mais est-ce une affaire de spéculation ? Est-ce les investisseurs qui ont conduit à cette situation en spéculant sur l’idée que les taux allaient encore baisser ? Personnellement, je ne le crois pas. Nous sommes bien en présence d’un excès, mais la spéculation n’en est pas la cause. Certes quelques investisseurs ont gagné de l’argent quand les taux ont baissé, mais cela est marginal dans le mouvement de baisse des taux que l’on connait depuis la mise en oeuvre de politiques monétaires accommodantes. Les véritables responsables sont les Banques Centrales qui fixent leurs taux directeurs et décident des rachats d’obligations (Quatitative Easing). Contrairement aux crises précédentes : actions technologies, en 2000 et immobilier US, en 2007, les Banques Centrales agissent directement sur les actifs qui inquiètent tout le monde : les emprunts d’état. Tout simplement, les Banques Centrales pilotent les taux. Est-ce qu’en 2000, les Banques Centrales pouvaient racheter des actions pour éviter le krach ? Bien sûr que non. Est-ce qu’en 2007, les Banques Centrales pouvaient racheter des biens immobilier aux US ? Encore non. La FED transformée en bailleur dans les quartiers défavorisés américains serait sur-réaliste ! C’est donc ça la principale différence entre notre époque et ces périodes de crises intenses. La situation n’a rien d’incontrôlable car les Banques Centrales sont aux commandes, « What ever it takes » ! (ces quatre mots sont ceux que l’on retiendra de Mario Draghi)

Pour illustrer ça, en Europe, les investisseurs n’ont plus la main sur les taux. Ils subissent les taux bas imposés par la BCE. Le fiasco du 21 août dernier, lors de la mise sur le marché de bund à 30 ans, avec seulement 869 millions de placés sur les 2 milliards proposés, en donne la preuve. Le l’emprunt d’état allemand, appelé « bund », étant alors à -0,67%, il n’a pas obtenu le succès attendu par la Bundesbank. Les investisseurs contraints d’acheter du « papier » sûr pour consolider leur solvabilité, évite autant que possible ce genre de placement. Je dirais même qu’impuissants, ils subissent la situation. Ainsi, d’une certaine manière, c’est la BCE qui fait les prix, à défaut d’être le marché.

En conclusion, aujourd’hui, nos Banques Centrales ont les coudées franches pour piloter les taux des emprunts d’états, ce qui n’était pas le cas avant la crise des subprimes, en 2008. Ces obligations étant à la base de toute la chaîne du risque financier, tous les prix sont poussés à la hausse. Ainsi, n’ayons pas peur des mots : nos Banques Centrales contrôlent l’ensemble des marchés. Bien sûr, il y a bien quelques soubresauts quand le marché doute, comme il y a un an. Mais s’il vous prend l’idée l’aller contre cela, parce que vous êtes réceptif au discours ambiant de fin du monde, vous finirez noyé sous les liquidités qui se déversent en permanence sur les marchés et vous raterez le train de l’inflation qui pour l’instant circule entre la gare de obligations et celle des actions. Ensuite, il devra passer par celles des matières premières, le l’or, des cryptomonaies, des salaires et ce n’est que quand il arrivera en gare des produits de consommation courante que la partie sera finie. À ce moment là, l’inflation contraindra les Banques Centrales à abandonner leur politiques accommodantes. En conséquence, aujourd’hui, la bonne question à se poser est plutôt : à quand, le retour de l’inflation ?
Réponse dans un prochain article.

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