Pourquoi prendre des risques avec votre épargne ?

Pour gagner plus ! Bien entendu. Cependant, je vous invite à ne pas vous contenter d’une réponse aussi courte. En réalité, il faut y être préparé. La prise de risque ne s’improvise pas. Et vous allez comprendre pourquoi.

Globalement, j’identifie deux raisons qui me laissent penser que le risque paye plus que la sécurité :

  1. parce qu’il en a toujours été ainsi ;
  2. parce que c’est logique.

L’argument « parce qu’il en a toujours été ainsi » est illustré par les performances passées des actions, le placement à risque le plus connu. On vous le sert systématiquement pour vous pousser à prendre des risques. Il faut dire qu’il est plutôt efficace et facile à mettre en avant. Voici les deux démonstrations les plus emblématiques :

  • À sa création en 1896, le plus ancien des indices boursier, le Dow Jones, valait 30 points et qu’aujourd’hui, en 2020, il vaut plus de 29 000 points. Cela correspond à un rendement de 5,7 %/an (1) capitalisé pendant 124 ans. À cette performance, il convient de rajouter les dividendes qui, suivant les sources, sont estimés en moyenne historique, entre 4,4 % et 6 %. Cet indice étant valorisé en dollar tandis que nous consommons en euros et en franc avant 2000, il faudrait aussi tenir compte de l’évolution du taux de change entre nos devises. Cependant, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il y aurait eu peu d’évolution.

  • Si on veut considérer un indice plus large en terme de géographie et de secteurs, il existe le MSCI World qui valait 100 points au début des années 70. Il vaut 2 400 points aujourd’hui. Cela correspond à un rendement de 6,6 %/an (2) capitalisé pendant 50 ans. Concernant l’historique des dividendes de cet indice, il s’avérerait un peu moins généreux que celui du Dow Jones vu précédemment.

(1) (29 000/30)^(1/124)-1 = 0,057 = 5,7%
(2) (2 400/100)^(1/50)-1 = 0,066 = 6,6%

Ces performances sont donc très nettement au dessus des taux servis par les livrets bancaires, par les fonds en euros et de tout autres placements sans risques. Vous conviendrez donc que ça encourage à prendre des risques. Cependant, ces deux belles démonstrations sur les indices boursiers n’en sont pas vraiment, car elles ne reposent sur rien de bien tangible. La valeur des actions progresse avec l’inflation à laquelle on peut ajouter le progrès matériel généré par nos entreprises en compétition les unes avec les autres, mais prendre des risques en se basant sur les performances ou des paramètres économiques passés sera toujours une raison limitée. Tout simplement, parce que nul ne connaît l’avenir. Il subsistera donc toujours un doute dans l’esprit de ceux qui se contentent de cet argument : la crainte que l’avenir ne soit pas comme le passé.

Les opinions concernant notre avenir ont toujours été très divergentes. Par exemple, actuellement il faut se positionner entre l’optimisme porté par l’intelligence artificielle vue comme une troisième révolution industriel et le pessimisme généré par le réchauffement climatique. Même si le progrès semble inarrêtable pour la majorité des gens, les menaces financières, écologiques, démographiques, éducatives, sanitaires, militaires, politiques… sont à l’esprit de tous, depuis toujours. L’Histoire nous fait bien le récit d’une succession de civilisation éteintes. Ainsi, le doute ne quitte jamais nos esprits.

Le problème, dont nous ferons la démonstration plus loin, est que le doute est le plus grand ennemi de l’investisseur. En conséquence, si on dispose d’autres arguments en faveur de la prise de risques, il vaut mieux oublier l’existence des performances passées. Et ces autres arguments, c’est la logique qui nous les donne.


Chaque placement financier procure une rentabilité donnée et fait courir un niveau de risque donné. Et ces deux paramètres ne sont pas fixés au hasard. C’est le marché qui les détermine. Plus le placement est risqué aux yeux de l’ensemble des investisseurs, plus son prix est bas et plus sa rentabilité est élevée. Il existe même une relation parfaitement établie entre la rentabilité et le risque. C’est ce que nous allons comprendre à travers des exemples suivants.

D’abord, imaginons :

  • un placement A rapporte de manière certaine 1 %/an

  • et un placement B, pour lequel tous les ans, il existe 1 % de chance que les investisseurs perdent leur argent.

De là, demandons-nous quel rendement B doit servir pour rester attractif face à A ?

Présenté ainsi, les investisseurs qui détestent tout perdre, ne choisiront jamais B, même assorti d’un fort rendement. Par contre, si B n’est qu’un placement parmi d’autres dans le patrimoine de chaque investisseur, ceux-ci pourront accepter le risque d’une perte totale sur B. Ils pourront même composer leur portefeuille d’une multitude de placement du type B, sachant qu’il est très peu probable qu’ils réalisent tous à la fois le risque de perte total. Dans ce cas, pour être équivalent à A, B doit leur offrir 2,02 %/an (3).

Maintenant, si par exemple le risque de perte total passe à 5 % tous les ans, B doit leur offrir 6,32 %/an (4).

Enfin, si le risque de perte total est de 10 % tous les ans, B doit leur offrir 12,22 %/an (5).

(3) ((1+0,01)/0,99)-1 = 0,0202 = 2,02%
(4) ((1+0,01)/0,95)-1 = 0,0632 = 6,32%
(5) ((1+0,01)/0,9)-1 = 0,1222 = 12,22%

En résumé, vous vous en doutiez un peu, plus un placement est risqué, plus il rapporte. Graphiquement, cela donne une relation entre la rentabilité et le risque du genre :

Vous avez donc compris que cette courbe ne décroît jamais. Plus un placement est risqué, plus il doit rapporter pour que les investisseurs acceptent d’y apporter leur argent. Et si la rentabilité n’est pas suffisante pour compenser le risque, les investisseurs sont absents. En dessous de la courbe : point de salut !


Néanmoins, je doute qu’en tant qu’investisseur, vous acceptiez d’investir dans B, si celui-ci ne fait qu’être sur la courbe. En effet, même si en tout point de la courbe le résultat est équivalent, vous dormirait mieux avec un patrimoine financier tout en bas de la courbe, c’est à dire avec le placement A. la raison est toujours la même : le doute est le plus grand ennemi de l’investisseur.

  • Et le doute est d’autant plus présent que quantifier les risques n’est pas une science exacte. Au mieux, on est ici dans les sciences humaines. Et l’homme étant particulièrement imprévisible, les disciplines qui l’étudient réservent toujours leurs lots de surprises.

  • Par ailleurs, on est rarement face à un simple risque de perte totale. Dans la plupart des cas, des pertes partielles sont aussi à envisager. Ce qui rend complexe l’évaluation des risques.

  • Enfin, l’appréciation des risques est propre à chaque investisseur. La part de subjectivité est grande. Et le risque de se tromper ne quitte jamais l’esprit de tout investisseur. Pour preuve, le risque n’est quasiment jamais consensuel.

La conséquence est donc qu’être sur la courbe ne suffit pas. Pour attirer les investisseurs, un placement doit leur offrir encore plus de rendement. Ce supplément de rendement porte le nom de « prime de risque ». On peut présenter cette notion ainsi :

En somme, la prime de risque, c’est la marge de sécurité vis-à-vis d’une mauvaise appréciation du risque. Une protection contre l’aléa d’un aléa ! Et comme le doute est le plus grand ennemi de l’investisseur, ce surplus de rentabilité se montre toujours substantiel. En conséquence, si on prend des risques, c’est pour gagner la prime de risque.


Maintenant que vous connaissez l’intérêt de prendre des risques, cela ne vous autorise pas forcément à en prendre. Parce qu’avant d’en arriver là, il vous faudra aussi respecter la plus limitante de ces deux conditions suivantes :

  • votre horizon de placement

  • et votre tolérance aux pertes

La raison est que contrairement aux courbes précédentes, celle représentant l’évolution de la valeur des placements risqués n’est pas en croissance continue. Même si la hausse a toujours fini par l’emporter, il y a des hauts et des bas !

En prenant des risques, vous allez voir la valeur de vos placements fluctuer à la hausse comme à la baisse. Et plus vous en prendrez, plus les fluctuations seront importantes. Vous savez donc d’avance que par rapport au point haut atteint par la valeur de votre épargne, vous vivrez des pertes qui dureront plus ou moins longtemps. Il est même très probable que vous en subissiez par rapport au montant initialement investi. Ainsi, à la suite de l’investissement de votre argent, il faut vous attendre pendant une durée plus ou moins longue, à disposer de moins d’argent que ce que vous aurez investi. Cette durée sera d’autant plus longue que votre prise de risque aura été grande. Il convient donc d’adapter votre prise de risque à votre « horizon de placement ».

À cette première condition limitant votre prise de risque, vient s’ajouter celle du respect de votre tolérance aux pertes. Là encore, vous devrez adapter votre prise de risque de manière à ce que vos pertes ne dépassent jamais ce que vous estimez pouvoir supporter. En effet, si vos pertes deviennent supérieures à cette limite, vous allez sortir de vos placements et ainsi matérialiser vos pertes, puis vous couper de la possibilité de les rattraper par le suite. D’un point de vue financier, les conséquences seront probablement bien plus importantes que précédemment où les pertes ne sont que potentielles, alors qu’ici, elles sont certaines. De plus, par principe, elles sont maximales. Enfin, il y a bien plus grave : votre confiance d’investisseur sera détruite, entraînant une aversion au capitalisme, qui pourra durer jusqu’à la fin de vos jours, vous empêchant définitivement de prendre à nouveau des risques, vous privant de votre retraite au soleil, hypothéquant l’avenir de votre descendance et faisant de vous un personnage aigri et rempli de jalousie. D’accord, je m’emballe, mais si avez déjà perdu de l’argent sur les marchés, vous savez de quoi je parle.

Ainsi, si votre tolérance aux pertes est plus limitante que votre horizon de placement, il est primordial de la définir correctement, puis d’adapter votre prise de risque en conséquence. Cela passe d’abord par une sincère objectivité de votre part quant à votre capacité à supporter les pertes. Et pour être tout à fait honnête avec vous même, il faut vous imaginer dans l’ambiance stressante d’un krach boursier, quand des millions d’honnêtes citoyens paniquent pour leur épargne, en écoutant en boucle les chaînes info leur annonçant la fin du monde !

Bien entendu, si votre tolérance aux pertes repose sur l’espoir de faire aussi bien que les performances passées, elle tiendra plutôt du sentiment, tandis que si elle repose sur la logique de la prime de risque, le bon sens sera votre guide. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je fais beaucoup moins confiance en mes intuitions qu’en ma modeste capacité à comprendre les choses. Aussi, me reposant sur celle-ci, je peux accepter des pertes plus importantes et donc de prendre plus de risques. C’est en ça que comprendre les bonnes raisons de prendre des risques m’est utile. Et je suis d’autant plus confortable avec cette idée de prime de risque que plus les investisseurs perdent de l’argent, plus le stress monte sur les marchés, plus les primes de risques grossissent et plus les profits à réaliser deviennent importants. J’ai tout de même une petite pensée pour ceux qui fonctionnent de manière plus intuitive. La prise de risque ne leur est peut-être pas interdite. L’instinct est pas synonyme d’absurdité. Cependant, le raisonnement n’est pas conscient. cela rend le processus ténébreux. Et quand mystère il y a, doute n’est pas loin.

Il existe un autre argument en faveur de la prise de risque. Les placements « sans risque » sont sans risque ou presque sans risque, parce qu’une banque, un assureur ou même l’État offre leur garantie aux épargnants. Pour les autres placements, leur valeur fluctue parce qu’elle déterminée par le marché. Et sur les marchés, quand certains investisseurs réalisent une mauvaise opération, d’autres en réalisent une bonne. S’ils perdent de l’argent, d’autres en gagnent. Les seconds s’enrichissent au dépend des premiers. Bien sûr, quand les marchés baissent tous les investisseurs trinquent, mais certains plus que d’autres. Vu de l’intérieur, les marchés sont un jeu à somme nul.

Même si cela vous paraît peu moral, il n’y a pas forcément de drame car la roue tourne et les gagnants à un moment donné finissent par être les perdants à un autre moment. Par contre, les conséquences sont lourdes pour ceux qui quittent définitivement les marchés, suite à leur déconvenue. En même temps, comme nous venons de le voir, à terme, l’argent n’est pas perdu pour tout le monde. Les investisseurs qui n’ont pas atteint leur tolérance aux pertes restent sur les marchés et tôt ou tard finissent par se nourrir des cadavres de ceux qui ont jeté l’éponge ! Je sais, mon discours est à nouveau provocateur, mais si ce genre d’images chocs peuvent vous aider à ne pas devenir le dindon de la farce, je veux bien vous les servir.

En moyenne, les performances des investisseurs ne sont pas supérieures à celles des indices que nous avons vu au début, car ceux-ci tiennent compte de tous les investisseurs, donc de ceux qui quittent, comme ceux qui rentrent et bien sûr, ceux qui restent. Mais si on exclut ceux qui ont quitté avec des pertes, la performance réalisé par ceux qui restent est supérieure à celles des indices. Le fait que certains quittent définitivement les marchés avec des pertes, ajoute bien de la performance en plus de la prime de risque que nous avons vu précédemment.

Notez ici que la prime de risque n’est qu’une moyenne acceptée par l’ensemble de ceux qui choisissent le placement en question. Elle tient donc compte de l’opinion de ceux qui, malheureusement pour eux, sortiront avec leurs pertes. Et comme ces investisseurs n’avaient pas prévu d’y laisser des plumes, leurs pertes ne sont pas incluses dans la prime de risque. Il convient donc bien de les rajouter à la prime de risque.

Pour ma part, je ne connais aucune étude sur ce sujet et aussi je ne peux quantifier ce gain. Cependant, quand l’INSEE nous indique que seuls 15 % des français possèdent des valeurs mobilières. Il y a aussi 30 % des 39 % de français détenteurs d’assurance vie qui prennent plus ou moins de risques avec les Unités de Compte. Cependant, il y a fort à parier que la grande majorité de ceux-ci sont les mêmes individus que les premiers. De là, j’ai du mal à imaginer que parmi les 85 % de français restant, aucun n’a essayé par le passé de prendre des risques. Ensuite, l’institut de sondage ne nous indique pas si ces 15 % possèdent beaucoup de valeurs mobilières ou au contraire, si c’est juste pour pimenter un peu leur patrimoine. Enfin, en 2004, ils étaient 24 % a posséder ces actifs risqués, soit 50 % plus nombreux. Cette baisse du nombre d’épargnants ambitieux laisse présager d’un nombre de déçus encore plus important. En conséquence, je présume que ce phénomène d’élimination des épargnants ayant mal géré leurs risques n’est pas marginal. Et ainsi, j’imagine que le gain pour les autres n’est pas négligeable.


Pour finir : il y a la cerise sur le gâteau ! Au delà de la logique financière, il existe aussi une logique juridique. Il faut savoir que seuls les « gains certains » sont fiscalisés. Ainsi, il faut sortir du placement risqué ou vendre les titres en questions pour que le gain apparaisse aux yeux de notre administration fiscale. Avant cela, tout résultat n’est qu’une possibilité. L’État ne se permet pas de taxer un gain réalisé une année, sachant que vous êtes toujours investi et donc que vous pouvez perdre ce gain l’année suivante. Il n’a pas d’autre choix car c’est un principe juridique majeur et le le Conseil d’État veille à son application. En conséquence, les plus-values réalisées par ceux qui prennent des risques n’étant pas acquises avant la sortie du placement, la fiscalité ne leur est pas appliquée avant cette échéance. Le traitement fiscal est ainsi plus favorable que pour les placements aux rendements garantis qui subissent tous les ans taxation et prélèvements sociaux. Cette fiscalité reportée à plus tard permet dans la majorité des cas de bénéficier d’une taxation plus douce liée à la durée de détention, avec des taux réduits, ainsi que des abattements. Mais le plus important à mon sens, est que cela permet de faire fructifier les montants des taxes avant d’avoir à les payer. Et plus les années passent, plus ces montants s’accumulent, plus les intérêts produisent des intérêts et plus les gains obtenus par ces montants en sursis de taxation sont importants. En quelque sorte, l’État fait crédit à ceux qui prennent des risques.


En résumer, il existe quatre raisons de prendre des risques avec son argent :

  • obtenir les performances passées ;

  • toucher les primes de risques ;

  • profiter de la faiblesse des investisseurs qui apprécient mal leur tolérance aux pertes ou qui prennent trop de risques par rapport à celles-ci ;

  • bénéficier d’une fiscalité plus favorable.

Et si vous avez compris ne serait-ce que le second argument, oubliez le premier, celui des performances passées. Il n’est pas nécessaire et pire encore, il pourrait polluer vos réflexions et mettre à mal votre confiance. Pour combattre le doute, misez plutôt sur votre bon sens.

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